Oser demander
Augmentation, prix, limites : l'assertivité qui rapporte — avec les phrases exactes, contexte suisse
Songa Fabrice Majster · SFMBook · 4 chapitres · 30 min de lecture
En Suisse romande, on n'aime pas déranger. Résultat : des augmentations jamais demandées, des prix jamais négociés, des non jamais prononcés — et des milliers de francs laissés sur la table chaque année, par simple politesse mal placée. Ce livre démonte la peur de demander avec les études qui la mesurent, et te donne des scripts mot à mot : demander une augmentation documentée, dire non sans casser la relation, négocier un prix sans agressivité, poser des limites qui tiennent.
Sommaire
- La peur de déranger coûte cher
Tu surestimes massivement la probabilité qu'on te dise non — la recherche l'a mesuré. Et chaque demande non posée a un prix, invisible mais bien réel.
La peur de déranger coûte cher
> Le non que tu crains existe surtout dans ta tête. Le manque à gagner, lui, existe sur ton compte.
Élodie, 32 ans, assistante RH à Sion. Depuis deux ans, elle fait le travail d'une responsable sans le titre ni le salaire. Elle ne demande rien : « Ils le voient bien, non ? S'ils voulaient m'augmenter, ils le feraient. » Ils ne le font pas — pas par mépris, mais parce que personne ne réattribue spontanément un budget que personne ne réclame. Pendant ce temps, un collègue arrivé après elle, moins expérimenté mais plus bavard sur ses ambitions, vient de passer chef de projet.
Le malentendu romand
Ici, on confond trois choses : demander, quémander et exiger. Résultat, un réflexe culturel : ne pas déranger, ne pas se mettre en avant, attendre d'être remarqué. C'est élégant — et ruineux. Car dans le monde réel :
- Les budgets vont à ceux qui les demandent, à compétence égale.
- Un prix affiché est souvent un point de départ, pas une loi.
- Ton silence est systématiquement interprété comme de la satisfaction.
Fais le calcul froid : une augmentation de CHF 250 par mois non demandée pendant trois ans, c'est CHF 9'000 — plus l'effet cumulé sur chaque salaire futur, tes bonus et ta LPP. La politesse silencieuse a un tarif.
Pourquoi on n'ose pas : l'erreur de calibrage
La peur de demander repose sur deux prévisions erronées. Un : on surestime la probabilité du refus — nous imaginons l'autre beaucoup plus enclin à dire non qu'il ne l'est. Deux : on surestime le coût d'un refus — dans les faits, une demande posée poliment et refusée laisse rarement des traces ; elle signale surtout que tu connais ta valeur. Le pire réalisme des « prudents » est en réalité un double biais de pessimisme.
L'assertivité n'est ni l'agressivité (imposer en écrasant) ni la passivité (subir en souriant). C'est dire clairement ce que tu veux, en respectant l'autre ET toi-même — et accepter que la réponse puisse être non. Le non est le coût d'entrée ; le oui est statistiquement bien plus fréquent que ta peur ne le prédit.
Ce que dit la science
La recherche confirme : Flynn et Lake (Bohns) ont demandé à des participants de prédire combien de personnes il faudrait solliciter pour obtenir de l'aide (prêter un téléphone, remplir un questionnaire, accompagner quelqu'un) — puis de le faire réellement. À travers leurs études, les participants ont surestimé d'environ 50% le nombre de refus : les gens disaient oui bien plus souvent que prévu, notamment parce que refuser en face est socialement coûteux pour celui qui refuse aussi. Limite honnête : demandes modestes, contexte nord-américain, étudiants pour partie ; une augmentation n'est pas un téléphone prêté. Mais le mécanisme — notre pessimisme systématique sur la réponse d'autrui — est précisément celui qui bloque les grandes demandes.
Success For Me — dans ce chapitre
Dans ma vie, ça ressemble à quoi ? Liste tes demandes jamais posées : augmentation, rabais, aide, délai, coup de main. Pour chacune, note ta probabilité estimée de « oui » — on la re-testera.
**Action de la semaine** : pose UNE petite demande sans enjeu — un rabais en boutique, un service à un voisin, une faveur mineure. Objectif : pas le oui, mais constater l'écart entre ta prédiction et la réalité.
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*On ne perd presque rien à demander. On perd tous les jours à se taire.*
Contenu éducatif — chiffres présentés comme exemples illustratifs sauf mention contraire. Ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier personnalisé.