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Investir en ETF depuis la Suisse

Le guide concret pour faire travailler ton argent — sans devenir expert

Songa Fabrice Majster · SFMBook · 15 chapitres · 139 min de lecture

Tu as de l'épargne qui dort sur ton compte bancaire suisse. Tu sais que l'inflation la ronge lentement. Mais la bourse t'intimide. Ce guide pratique te montre étape par étape comment investir en ETF depuis la Suisse — Swissquote ou Interactive Brokers, VWRL, fiscalité, intérêts composés, stratégie passive long terme. Pour le salarié de 28 à 42 ans qui veut enfin que son argent travaille pour lui.

Sommaire

  1. Pourquoi ton épargne perd de la valeur

    L'inflation érode silencieusement l'épargne bancaire. Un salarié suisse qui laisse dormir ses économies perd du pouvoir d'achat réel chaque année. Comprendre ce mécanisme est le premier pas vers l'investissement.

Chapitre 1 — gratuit

Pourquoi ton épargne perd de la valeur

💸 Pourquoi ton épargne perd de la valeur

Tu travailles dur. Chaque mois, tu mets de côté 500, 800, peut-être 1 000 francs suisses. Ton compte épargne affiche un solde qui te rassure. Et pourtant, quelque chose ne va pas. Ce chapitre va te révéler une vérité inconfortable — et t'offrir le premier pas vers une solution concrète.

### 🔍 L'illusion du compte épargne

Ton compte épargne à la Banque Cantonale de Zurich, à la Migros Bank ou à la Raiffeisen t'offre peut-être aujourd'hui un taux d'intérêt de 0,75 % à 1,5 % par an. C'est mieux qu'il y a cinq ans, où ce taux était proche de zéro. Mais en apparence seulement.

Pendant ce temps, l'inflation — c'est-à-dire la hausse générale des prix — oscille en Suisse autour de 1 % à 2 % par an en période normale, avec des pics au-delà de 3 % lors des chocs d'approvisionnement récents. Résultat : le pouvoir d'achat réel de ton épargne **recule chaque année**.

Voici un calcul simple :

  • Tu as **20 000 CHF** sur ton compte épargne.
  • Ton banquier te verse 1 % d'intérêt → +200 CHF l'an prochain.
  • L'inflation est à 2 % → tes 20 000 CHF valent en pouvoir d'achat réel **19 600 CHF**.
  • Bilan : tu as gagné 200 CHF nominaux, mais **perdu 400 CHF de valeur réelle**. Soit -200 CHF net de richesse réelle.

Répète cela sur 15 ans, et une épargne de 20 000 CHF non investie vaut en pouvoir d'achat réel l'équivalent d'environ **14 800 CHF** — soit une perte silencieuse de plus de 5 000 CHF.

### 📉 L'inflation : l'impôt invisible

On ne voit pas l'inflation comme une taxe, pourtant elle fonctionne exactement de cette façon. Elle est prélevée non pas par le gouvernement, mais par la réalité économique. Elle pénalise ceux qui épargnent en monnaie et récompense ceux qui détiennent des actifs productifs — actions, immobilier, entreprises.

La Banque nationale suisse (BNS) a longtemps maintenu des taux directeurs très bas ou négatifs (entre -0,75 % et 0 % de 2015 à 2022). Durant cette période, certains comptes épargne ne rapportaient **rien du tout**, voire prélevaient des frais de garde. L'inflation rongeait l'épargne sans aucune compensation.

Même avec la remontée des taux depuis 2022, le contexte reste défavorable à l'épargne purement liquide sur le long terme. L'histoire montre que les taux des comptes épargne suivent toujours les taux directeurs de la banque centrale, jamais l'inflation réelle avec avance.

### 👤 L'exemple de Marie, Genève

Marie, 34 ans, travaille dans le secteur humanitaire à Genève. Elle gagne bien sa vie et a accumulé en dix ans **45 000 CHF** sur son compte épargne UBS. Prudente et responsable, elle n'a jamais voulu "jouer en bourse".

En 2020, lors d'un apéro avec une collègue qui avait commencé à investir en ETF deux ans plus tôt, Marie a réalisé que pendant que son épargne stagnait, sa collègue avait vu son portefeuille de 20 000 CHF progresser à **31 000 CHF**, malgré la crise Covid — grâce à la reprise rapide des marchés.

Marie a fait le calcul : ses 45 000 CHF avaient **perdu environ 3 500 CHF de pouvoir d'achat réel** en dix ans de non-investissement. Elle décide alors de se former. Ce livre est le reflet de ce qu'elle a appris.

### 🎓 Ce que disent les chercheurs

Les économistes Annamaria Lusardi et Olivia S. Mitchell ont démontré dans une étude de référence parue dans le *Journal of Economic Literature* (2014) que la littératie financière — la capacité à comprendre l'inflation, les taux d'intérêt et la diversification — est directement corrélée à la constitution d'un patrimoine plus solide et à de meilleures décisions d'investissement. Les individus qui ne comprennent pas l'effet de l'inflation sur leur épargne font systématiquement de moins bons choix financiers sur le long terme.

Autrement dit : comprendre ce que tu lis en ce moment, c'est déjà un avantage décisif.

### 💡 Pourquoi la Suisse n'est pas un cas particulier

Certains pensent que la solidité du franc suisse les protège. C'est partiellement vrai : le CHF est une devise refuge et a historiquement mieux résisté aux dévaluations que l'euro ou le dollar. Mais cela ne signifie **pas** que laisser de l'argent dormir en CHF est une stratégie rentable.

La force du franc protège contre les crises de change. Elle ne protège pas contre l'érosion du pouvoir d'achat interne. Les prix en Suisse augmentent aussi — parfois moins vite qu'ailleurs, mais ils augmentent.

### Le prix de l'attente : deux épargnants, cinq ans d'écart

Voici un cas à résoudre avant de lire la solution. Prends trente secondes, fais l'estimation de tête, puis compare.

Léa et Jonas ont le même âge, 30 ans, le même salaire, et la même capacité d'épargne : 500 CHF par mois. Léa commence à investir aujourd'hui dans un ETF monde. Jonas, lui, veut « attendre d'en savoir plus » et de « voir comment les marchés évoluent ». Il commencera exactement cinq ans plus tard, à 35 ans, avec le même montant mensuel. Tous deux investissent ensuite jusqu'à 60 ans, avec le même rendement annuel moyen hypothétique de 6 % (illustratif, jamais garanti).

Question : à 60 ans, quel écart sépare leurs deux portefeuilles ? Un an d'épargne en plus, deux ans, cinq ans de versements ? Écris ton estimation avant de continuer.

**Le corrigé.** Léa investit pendant 30 ans, Jonas pendant 25 ans. La différence de versements de sa poche n'est « que » de 5 × 12 × 500 = 30 000 CHF. On pourrait croire que l'écart final tourne autour de ce montant. Il est bien plus grand.

  • Léa, 30 ans de versements à 6 % : environ 502 000 CHF.
  • Jonas, 25 ans de versements à 6 % : environ 347 000 CHF.
  • Écart final : près de 155 000 CHF.

Jonas a versé 30 000 CHF de moins de sa poche, mais son portefeuille final est amputé de 155 000 CHF. Les 125 000 CHF manquants ne sont pas de l'argent qu'il n'a pas versé : ce sont les intérêts composés qu'il n'a jamais laissé naître. Les cinq premières années d'un investissement sont les plus modestes en apparence, mais ce sont elles qui ont le plus de temps pour se démultiplier. Retirer les cinq premières briques, c'est retirer celles du bas de la pyramide.

C'est la vérité la plus contre-intuitive de ce chapitre : en investissement, ce n'est pas le montant qui fait la richesse, c'est le temps pendant lequel il travaille. « Attendre le bon moment » a un prix, et ce prix se compte en dizaines de milliers de francs, silencieusement, sans jamais apparaître sur un relevé.

Regarde maintenant la version inverse, tout aussi vraie. Si Léa avait commencé non pas à 30 mais à 25 ans, cinq ans plus tôt encore, son capital à 60 ans dépasserait 690 000 CHF. Chaque tranche de cinq ans gagnée en amont vaut davantage que la précédente. C'est pour cela qu'aucune somme n'est « trop petite pour commencer » : ce qui compte, ce n'est pas de commencer gros, c'est de commencer tôt.

Et l'objection classique — « oui, mais si le marché baisse juste après que je commence ? » — se retourne elle aussi. Celui qui commence tôt traverse forcément des baisses, mais il les traverse avec un petit capital et beaucoup de temps devant lui : ce sont les meilleures conditions pour acheter des parts bon marché (tu verras la mécanique complète au chapitre 4). Celui qui attend croit éviter le risque ; en réalité, il échange un risque temporaire et gérable contre une perte certaine et définitive : celle du temps.

La leçon tient en une image. Deux arbres identiques, plantés à cinq ans d'écart. Le premier n'est pas « un peu plus grand » que le second : il a une longueur d'avance qui grandit chaque année, parce que ses branches produisent déjà de nouvelles branches. Ton argent fonctionne exactement pareil. Le meilleur jour pour planter était il y a cinq ans. Le deuxième meilleur jour, c'est aujourd'hui.

### Ton audit anti-inflation en une page

Tu ne peux pas corriger ce que tu ne mesures pas. Avant d'investir un seul franc, la première action concrète est de photographier la situation actuelle de ton argent — non pas pour te culpabiliser, mais pour voir noir sur blanc où l'inflation travaille contre toi pendant que tu dors. Voici un tableau à remplir. Recopie-le sur une feuille ou dans un tableur, et complète chaque ligne avec tes propres chiffres.

| Poche d'argent | Montant (CHF) | Taux servi | Horizon d'utilisation | Érosion réelle estimée | |---|---|---|---|---| | Compte courant | | ~0 % | permanent | à remplir | | Compte épargne | | ... % | ... | à remplir | | Cash « au cas où » | | ... % | ... | à remplir | | 3a en compte (non investi) | | ... % | > 10 ans | à remplir | | Autre (bonus, héritage…) | | ... % | ... | à remplir |

Mode d'emploi, colonne par colonne :

1. **Montant** : le solde exact aujourd'hui. Sois précis, ouvre l'application. 2. **Taux servi** : le taux d'intérêt annuel réellement versé par la banque sur cette poche. Pour un compte courant, il est presque toujours proche de zéro. 3. **Horizon d'utilisation** : dans combien de temps comptes-tu réellement dépenser cet argent ? C'est la colonne la plus importante, car elle révèle les poches « prisonnières » — celles que tu gardes liquides sans raison. 4. **Érosion réelle estimée** : applique la formule taux servi − inflation. Prends l'inflation suisse publiée par l'Office fédéral de la statistique (ofs.admin.ch). Si le résultat est négatif, écris-le en toutes lettres : cette poche perd du pouvoir d'achat chaque année.

Une fois le tableau rempli, additionne les montants dont l'horizon dépasse cinq ans. Ce total est ton « argent endormi » : de l'argent qui n'a aucune raison de rester exposé à l'érosion, puisque tu n'en as pas besoin à court terme. C'est le candidat naturel à l'investissement.

Attention à ne pas tout basculer : deux poches doivent rester liquides, et elles seules.

  • **Ton fonds d'urgence** : l'équivalent de trois à six mois de dépenses, sur un compte séparé, intouchable. Il n'est pas là pour rapporter, il est là pour t'empêcher de vendre tes ETF au pire moment le jour où la voiture lâche.
  • **Tes projets datés à moins de trois ans** : apport pour un logement, mariage, gros voyage prévu. Cet argent a un rendez-vous rapproché : il ne doit pas subir la volatilité des marchés.

Tout le reste — le total « argent endormi » moins ces deux poches — est ta base de départ d'investisseur.

Refais cet audit une fois par an, à date fixe. Tu verras deux choses avec le temps : d'abord, ton fonds d'urgence se stabilise et cesse de grossir inutilement (beaucoup de gens gardent par peur trois fois trop de cash) ; ensuite, ta poche investie prend le relais et se met à travailler pour toi. L'audit anti-inflation n'est pas un exercice comptable : c'est le moment où tu reprends, en une page, le contrôle de ce que ton argent fait de ses journées.

Une dernière colonne mentale à ajouter, invisible dans le tableau : la question « pourquoi ». Pour chaque poche que tu décides de laisser dormir, oblige-toi à écrire une raison. « Je garde 40 000 CHF liquides parce que… » Si tu n'arrives pas à terminer la phrase par une échéance concrète, tu viens de trouver ton premier virement vers un compte de courtage.

### ✅ Exercice Success For Me — à faire dans les 24 heures

1. **Ouvre ton application bancaire** et note le solde exact de ton compte épargne aujourd'hui. 2. **Trouve le taux d'intérêt annuel** offert par ta banque (il est dans les paramètres du compte ou sur le site de ta banque). 3. **Cherche le taux d'inflation actuel en Suisse** sur le site de l'Office fédéral de la statistique (OFS) : ofs.admin.ch. 4. **Calcule ton rendement réel** : taux d'épargne - taux d'inflation = rendement réel. 5. Si ce chiffre est négatif, écris dans ton carnet : *"Mon argent perd de la valeur chaque jour que je ne fais rien."*

Ce simple exercice est le déclencheur de la plupart des décisions d'investissement. La prise de conscience précède toujours l'action.

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> **🔑 Phrase-clé :** *Garder ton argent sur un compte épargne, ce n'est pas être prudent — c'est choisir lentement mais sûrement d'appauvrir ton futur toi.*

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Contenu éducatif — chiffres présentés comme exemples illustratifs sauf mention contraire. Ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier personnalisé.